2016, le statu quo à l'épreuve

string(740) "Smarty error: [in content:content_en line 328]: syntax error: unrecognized tag: mso-style-name:"Tableau Normal"; mso-tstyle-rowband-size:0; mso-tstyle-colband-size:0; mso-style-noshow:yes; mso-style-priority:99; mso-style-parent:""; mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt; mso-para-margin-top:0cm; mso-para-margin-right:0cm; mso-para-margin-bottom:10.0pt; mso-para-margin-left:0cm; line-height:115%; mso-pagination:widow-orphan; font-size:11.0pt; font-family:"Calibri","sans-serif"; mso-ascii-font-family:Calibri; mso-ascii-theme-font:minor-latin; mso-hansi-font-family:Calibri; mso-hansi-theme-font:minor-latin; mso-ansi-language:EN-US; mso-fareast-language:EN-US; (Smarty_Compiler.class.php, line 446)" string(119) "Smarty error: [in content:content_en line 328]: syntax error: unrecognized tag '' (Smarty_Compiler.class.php, line 590)"

Pr. Khalifa Chater

"Tous les silences ne font pas le même bruit".

Comment peut se présenter l'année 2016, en Tunisie ? Peut-on se risquer à identifier des perspectives vraisemblables ?  L'entreprise serait hasardeuse, sans données objectives à l'appui, Un essai pragmatique pourrait cependant identifier des tendances, sur la base de l'analyse des données objectives (états des lieues, phénomènes d'émergence), compte tenu des processus sociopsychologiques. La prospective, qui concerne dans ce cas le court terme, doit donc aussi s'appuyer sur des intuitions liées aux signaux faibles. Ce que j'appelle la lecture "des silences, qui ne font pas les mêmes bruits". Il s'agirait plutôt d'une démarche intuitive. 

Trois facteurs ou plutôt trois signaux  induiraient des changements vraisemblables en Tunisie :

1 - La mise à l'épreuve de la gouvernance : La démocratisation du régime, sans perspective de promotion générale du citoyen et l'absence de débats sur les visions d'avenir, transgressent l'habilitation citoyenne, fruit de la "révolution". 

2 - Le désenchantement général: la  précarité, la hausse de prix, le développement du chômage et les difficultés du quotidien, en conséquence, suscitent l'inquiétude, le désarroi et le mécontentement.

3- les protestations populaires, inaugurant l'année 2016.  Elles constituent  le marqueur de l'actualité tunisienne et appréhendent l'Establishment et l'ensemble de la classe politique.

Un nouveau cycle politique ? : La coalition gouvernementale et le rapprochement Nida Tounes/Nahdha ont suscité des contestations d'envergure au sein de ces deux forces politiques. Les deux partis "ennemis" ont-ils adopté le processus de "triangulation" qui "consiste à emprunter les idées de l'adversaire, pour mieux le prendre à revers, le déstabiliser et le désarmer" ? En tout cas, le champ de la gravitation politique s'en trouve perturbé. Les partisans du rapprochement au sein de Nida Tounes ajoutaient à leur parenté avec Habib Bourguiba, celle soit disant commune d'Abdelaziz Thaalbi, tout en  occultant implicitement la pensée d'avant-garde Tahar Haddad. Le paysage politique tunisien vit un brouillage des repères. Diagnostic d'un observateur averti de l'alliance politique des extrêmes : "Quand l'union fait la faiblesse" (titre de l'article, Jeune Afrique,  n° 2858, 18 au 24 octobre 2015). Une stratégie de statu quo  devrait mettre à l'ordre du jour le passage de l'effort d'introspection de Nida Tounes et Nahdha, au devoir de proposition. Les chantiers des réformes, qui n'en sont pas moins nécessaires et les contestations de réactions populaires, appelées à les contester éventuellement, constitueraient un  cocktail explosif. 

Ce "vivre ensemble" Nahdha/Nida, pivot de l'actuel système politique tunisien est l'objet de vives critiques. La recomposition du paysage, conséquence de la crise de Nida Tounes est confrontée à une entrée en scène de la contestation des chômeurs diplômés et aux catégories populaires désabusées. Quelles sont les chances d'une opération de remobilisation des partis au pouvoir ? Pour reconquérir l'opinion, Nida Tounes devrait écrire le scénario d'une nouvelle épopée. Comment faire face à la centralisation évidente de la marginalité populaire ? Les programmes d'une gauche utopique et des partis de surenchères ne semblent pas actuellement susciter de l'intérêt. Pouvait-on remettre la gauche en dynamique, par la promotion des vœux des classes populaires ?

La politique, en tant qu'art de maitriser les rapports de forces, pourrait-elle réactualiser la praxis du compromis ? Les élections municipales annoncées pour octobre pourraient mettre à l'épreuve les partis. Elles annonceraient un nouveau cycle politique. Accélération du temps "médiato-politique", nous glissons à vitesse accélérée de la "culture politique de salon", aux réseaux sociaux, soucieux de prendre le relai.

Une transgression du libéralisme ?  La dynamique post-11 janvier 2011, a conduit les acteurs politiques à s'intéresser au pouvoir et à la mise sur pied d'un Etat de droit.  Ils ont perdu de vue  que la révolution est une aspiration au progrès social et économique. La campagne de protestation de janvier 2016, fut un appel à l'ordre. Les mesures annoncées par le chef du gouvernement nécessitaient un réexamen. L'administration tunisienne   pouvait-elle augmenter le déficit de l'Etat, par le recrutement de  16.000 fonctionnaires ? Les mécanismes favorisant l’entreprenariat, mis en avant comme solution à la création d’emplois pouvaient-ils être opératoires, dans un contexte de crise ? Les encouragements accordés aux diplômés chômeurs leurs permettraient-ils de s'ériger, sans expérience,  en petits entrepreneurs ? D'autre part, les programmes de formation non ciblés seraient de simples palliatifs.  Fait d'évidence, on a plutôt affaire à une solution d'attente. L'option libérale adoptée par la coalition gouvernementale pourrait difficilement s'accommoder d'exigences sociales, telles le recrutement d'un chômeur de chaque famille pauvre.

L'urgence socio-économique pose évidemment le problème du projet de société. Il ne s'agirait guère de revenir à l'Etat-providence et de remettre en cause le libéralisme.  Mais il faudrait opter pour un projet alternatif ou du moins introduire des correctifs. Un débat consensuel sur le projet de société et les conditions du développement global devait plutôt remplacer le séminaire sur l'emploi, sans perspective, annoncé hâtivement, pour résoudre les problèmes de fonds. Quelles autres dispositions de réponse ?

Conclusion : "Le gouvernement fait face à trois menaces existentielles : le terrorisme, la crise économique, et le dysfonctionnement politique … Si (le dysfonctionnement politique) se poursuit, il est seulement une question de temps avant que le désordre politique se transforme en un dysfonctionnement destructeur" (Brian Klaas, " Tumult in Tunisia Weathering the Economic and Political Storms, Foreign affairs, 31 janvier 2016). Ce diagnostic général de Foreign Affairs est inquiétant. Le gouvernement tunisien a  vraisemblablement pris en compte ces menaces.

De fait, tout dépendrait de variables que nous ne contrôlons pas:

1-    Le devenir de la Libye. Son risque d'implosion semble pour le moment écarté. Il y aurait actuellement une lueur d'espoir.

2-    L'état général de l'insécurité au Maghreb et dans le Sahel africain.

3-    Les risques de rupture des équilibres fondateurs dans l'aire arabe (guerres régionales, bipolarité géopolitique et vraisemblablement les effets de la chute du prix pétrole).

La lutte contre l'insécurité, la relance économique et la promotion de la  démocratie tunisienne - exemple d'avant-garde dans l'aire arabe - seraient-elles affectées par ce contexte de défi?  Wait and see.

chaterkhalifa@topnet.tn

In L'Economiste Maghrébin, n° 678 du 10 au 24 février 2016


_____________________________________

Page précédente: Études internationales
Page suivante : Histoire contemporraine