27 candidats pour un fauteuil

 Pr. Khalifa Chater

L'élection présidentielle termine le processus de la transition démocratique. Des nouveaux  dirigeants, formeront le nouveau gouvernement, en relation avec le nouveau président de la république. Ils prendront le relai du gouvernement actuel et du président provisoire. Le scrutin présidentiel   pourrait-il ratifier le choix parlementaire ?  Le processus n'est certes pas identique, puisque l'élection  aura pour objectif, de choisir une personnalité, censée représentée la nation et incarnant ses espoirs.  Mais un président, sans assise parlementaire confortable,  peut difficilement jouer son rôle de rassembleur et de garant. Il pourrait, dans ce cas, se trouver en désaccord, sinon en conflit avec la majorité, qui détient le pouvoir législatif, contrôle le gouvernement et vote les lois. D'autre part, les partis vaincus, lors des élections parlementaires, peuvent entraîner dans leurs chutes, leurs leaders, qu'ils ont choisis comme candidats.

La pléthore des prétendants à la représentation nationale, brouille les cartes. Elle traduit le culte des petites différences et des grands egos et ne perdons pas de vue la capacité des micro-chapelles leaders (petits partis, courants d'opinion, structures de solidarité régionales). Certaines candidatures expriment des ambitions personnelles. D'autres candidats, nouveaux venus sur la scène politique, emploient, parait-il, des armées de communicants. Certains semblent disposer, en l'absence d'argumentaires politiques, de puissants moyens financiers. D'autres, révèlent, par l'examen de leurs parrainages, qu'ils ne sont point distants des enjeux partisans. 19 candidats n'ont jamais occupé des charges gouvernementales ou administratives. 14 d'entre eux ne sont pas dirigeants de partis et n'ont pas de structures de soutien. Six candidats, au moins, ont d'évidentes capacités de gestionnaires, sans expérience politique. Il leur manque le volet social.  Fait d'évidence, on ne peut prétendre remplir un espace politique; sans disposer d'une organisation militante de soutien. La charge de président de la république requiert, condition sine qua none, les qualités d'un homme d'Etat. Comment distinguer la graine de l'ivraie ou plutôt choisir celui qui répond à votre vision, sinon à votre idéologie ? Comment attirer les électeurs de base et les leaders d'opinion ? Les nécessités de construire des consensus larges, autour des réformes économiques et sociales suscitent les positionnements et les repositionnements des prétendants. Il faut rassembler au-delà des clivages.

L'observateur averti peut distinguer quelques "poids lourds". Le choix, entre eux tiendrait compte  de leurs charismes, leurs passés, leurs passifs et leurs visions d'avenir. Nida tounis et an-Nahdha représentent les deux grands pôles qui structurent désormais l'espace politique tunisien.  La victoire de NidaTounis, lors des élections parlementaires, met en avant la candidature de son leader Béji Caïd Essebsi. Il entretient sa stature d'homme d'Etat, en affichant son profil de sage et de rassembleur. Homme de la réforme tranquille, il  rassure et crée des passerelles. Il est seul capable de mettre son camp en ordre de bataille, sans s'épuiser dans des divisions internes. L'effondrement systémique des alliés d'an-Nahdha (Ettakattol aucun siège, le CPR 4) et des partis de la famille politique (El Massar; aucun siège, El Joumhouri et l'Alliance Démocratique : 1siège chacun), appréhende et affecte, bien entendu, leurs leaders, engagés dans le combat pour la présidence. Il réduit gravement leurs chances de succès. Certains sont tentés de retirer leurs candidatures. D'autres manœuvrent afin de se rassembler sur une candidature unique et dresser un barrage contre le représentant de Nida Tounis, dans le cadre d'une troisième voie virtuelle. Mais la compétition des egos et la faiblesse de leur scrutin, rend l'opération illusoire.

Qui sera le principal challenger de Caïd Essebsi ? Au cours de sa réunion, le 27 novembre 2014, le conseil de la Choura  a annoncé que le parti an-Nahdha  donne à ses partisans la liberté de choix du candidat qu’ils jugent le mieux placé pour occuper le poste de président. Ce qui annoncerait une dispersion des voix, entre les différents candidats, tout en excluant, bien entendu, Béji Caïd Essebsi, Hamma al-Hammami, Mme Kannou et tous ceux qui  ont pris des distances, vis-à-vis des visions de la troïka. Il serait difficile, en effet, de transgresser la bipolarité attestée par les dernières élections. Sans jouer à l'oracle, nous pensons que le candidat de Nida Tounis a des chances d'être élu dés le premier tour. En cas de deuxième tour,  il bénéficierait vraisemblablement du soutien du Front Populaire, d'Afak, peut-être des Destouriens et de tous les partisans du projet de société moderniste.

Conclusion :

Les candidats à la présidentielle ont pris leurs bâtons de pèlerins. En dépit des joutes oratoires, que le marathon électoral met nécessairement à l'ordre du jour,  Ils doivent être soucieux de réaliser une présidence plus consensuelle que guerrière. Autre exigence, ils doivent, en priorité, s'engager à l'abri des pressions externes. La révolution tunisienne ne saurait accepter toute atteinte à l'indépendance. Il faudrait aussi restaurer le prestige de la présidence. Après Bourguiba et la gestion pragmatique, qui s'en suivit, après le coup d'Etat du 7 novembre,  la charge présidentielle a été dévalorisée, par les prérogatives limitées de l'organisation provisoire des pouvoirs et surtout l'exercice actuel. Il ne s'agira pas d'assurer une  présidentialisation du régime. Il faut restaurer son autorité morale et politique, puisque le Président incarne le nouvel Etat et assure les arbitrages, tout en exerçant des prérogatives importantes en matière de défense et de politique étrangère. La restauration de l'Etat, suscitera, vraisemblablement,  la redynamisation salutaire de ses différentes institutions. Elle ouvre les perspectives de l'espérance.

chaterkhalifa@topnet.tn

(l'Economiste maghrébin,

 n° 644 du 12 au 26 novembre 2004).


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