Aire arabe, les défis du contexte…!

Pr.  Khalifa Chater

Analysant la guerre de Syrie, le général Vincent Desportes affirma : "Nous sommes, non dans une guerre mondiale, mais dans une guerre mondialisée ("la dernière bataille de la France", Le Monde, 18 février 2016). Relativisant la dynamique interne, cette  guerre a impliqué des acteurs régionaux (pays du Golfe, Iran, Turquie) et internationaux puisque la Russie et les Etats Unis, y mènent une guerre par procuration.

La guerre de Syrie : La situation actuelle  traduit les nouveaux enjeux internationaux et régionaux, en relation avec les nouveaux rapports de forces :

La Russie, un rôle déterminant ? Commencée au mois de septembre, l'intervention russe a bouleversé  l'échiquier stratégique au Moyen-Orient. Elle assuré une couverture aérienne, aux combats sur le terrain, menés par les forces loyalistes, les Kurdes syriens,  et les milices de Hizb Allah, avec l'appui de l'Iran. Elle a créé les conditions de l'opération loyaliste déclenchée le 1er février. D'autre part, à  la faveur des frappes russes, le Parti de l'Union Démocratique (PYD), la formation dominante dans le Kurdistan syrien, a aussi lancé une attaque. L'engagement de la grande bataille pour le contrôle des 830 kilomètres de la frontière de la Syrie avec la Turquie  a changé la donne. Elle a privé les différentes composantes de la résistance du ravitaillement turc.

Le "lâchage" des USA ? D'une certaine façon, la guerre de l'Ukraine et de la Russie ont réactualisé  la guerre froide : Un désaccord stratégique s'accompagne d'une opposition idéologique qui le conforte ou le justifie. Elle fait valoir la définition de Raymond Aron, 1962 de la guerre froide " guerre impossible, paix improbable". Ce qui explique l'actuel cessez le feu. Des résistants parlent d'un "lâchage" américain.  Obama a- t-il " laissé la maîtrise du jeu à Poutine" ? (Editorial, Philippe Gelle, " le nouveau désordre mondial", Le Monde, 17 février). La question est bien plus complexe. Evitant d'engager une nouvelle guerre, à la fin de son mandat, le Président Obama est soucieux d'éviter le risque de favoriser Daech, sur le terrain.

Les acteurs régionaux : L'Iran et Hizb Allah soutiennent, en Syrie, la politique russe.  Par contre,  les soutiens des différentes composantes de la résistance, ont envisagé une intervention directe sur le terrain. Mais ils ont dû réviser leurs positions. L'escalade risquant "un clash entre la Russie et la Turquie", que les USA et l'Otan souhaitent éviter.  Le problème actuel de l'axe turco-saoudien  est qu'il perdu le soutien inconditionnel des USA" (Renaud Gérard, " l'heure de vérité", Le Monde, 17 février).

D'autre part, le cessez-le-feu, entré en application, le vendredi 26 février  ne concerne, que les zones de combat entre les forces du régime appuyées par l'aviation de l'allié russe et les rebelles syriens, alors que les groupes jihadistes : Daech et Front al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda) qui contrôlent plus de 50% du territoire, en sont exclus. Les armes se sont tues dans la majorité des principales villes de Syrie, dés le premier jour de l'entrée en vigueur de cette trêve d'une ampleur sans précédent depuis le début de la guerre entre régime et rebelles. Peut-on aller au-delà et reposer la question d'une sortie de crise. Le représentant des Nations Unies, compte convoquer de nouveaux pourparlers inter-syriens le 9 mars à Genève après l'échec des précédentes discussions. Mais est-ce que les conditions sont désormais réunies, pour envisager une transition consensuelle ? Les enjeux des acteurs internationaux et régionaux paraissent incompatibles. Leurs positions sur les différentes composantes de la résistance restent ambigües. L'accalmie semble précaire.

Lybie, les prémices d'une guerre …! Soutenant l'Italie, la France et l'Angleterre, qui constatent, avec inquiétude, l'installation de camps de Daech, en Lybie, les Etats-Unis  soutiennent le projet d'une guerre, avec l'appui de l'Otan. Ces puissances occidentales souhaitent empêcher les jihadistes de se tailler un nouveau fief dans le pays en proie au chaos. Forts d’environ 3.000 combattants, selon les estimations occidentales, les jihadistes se sont installés à Syrte et ont lancé début janvier une offensive dans la zone du «Croissant pétrolier». Le raid américain sur un immeuble, de la ville de Sabrata, érigé en camp de l'organisation jihadiste, 19 février  2016, annonce l’ouverture d’un nouveau front contre le groupe Etat islamique?  S'agit-il d'opérations ponctuelles ciblées ou de prémices d'une guerre ?

Dans l'état des choses, la stratégie des attaques ciblées, contre les camps de Daech semble inopportune. Le camouflage des jihadistes au sein de la population civile, pourrait susciter des dommages collatéraux importants. D'autre part, cette stratégie risque de provoquer une dispersion et une extension du mouvement jihadiste vers les pays du voisinage au Maghreb, au Sahel africain et même au-delà. L'Occident aurait opté pour une guère, avec des troupes italiennes, françaises et anglaises, soutenues par les USA. Devrait-on attendre, l'accord du gouvernement libyen d'union en formation, que le contexte ne semble pas favoriser ?

L'ouverture de la boite de Pandore est désormais à l'ordre du jour. La stratégie du chao mise en application au Moyen-Orient risque une extension au Maghreb. Dans ce contexte, la prise en compte des alliances de la guerre de Syrie, par le Sommet des ministres arabes de l'Intérieur et la dénonciation directe de Hizb Allah et implicitement de son soutien iranien, constitue un précédent fâcheux.  Le Maghreb, fier de sa souveraineté, attaché aux institutions de l'Etat-nation, est soucieux d'être épargné de la démarcation géopolitique guerrière, qui menace d'implosion, la Syrie et le Yémen, après les déboires de l'Irak.

(L'Economiste Maghrébin, n° 680,  du 9 au 23 mars 2016)

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