D'ici et d'ailleurs …!

Pr. Khalifa Chater

Youssef Chahed, soutient et/ou message américain: Accompagné d'une équipe restreinte, formé de ses conseillers et d'une grande participation de journalistes - publicité oblige !-  le chef du gouvernement Youssef Chahed  vient d'effectuer une visite de travail à Washington (10-12 juillet). La visite qui a des objectifs sécuritaires, politiques et économiques, s'inscrit dans le developpement des relations bilatérales cordiales, entre les deux pays. Dés l'indépendance, la Tunisie entretient des relations cordiales avec les USA, rejetant cependant tout alignement formel. Elle se distingua de ses partenaires, dont la décolonisation fut marquée par un rapprochement avec l'URSS. C'est, dans ce contexte qu'eut lieu la première visite du président Habib Bourguiba aux États-Unis (3 au 5 mai 1961). Le président John Fitzgerald Kennedy lui réserva  un accueil solennel, en tant qu'héros de  la libération, leader du mouvement de la décolonisation et soutien de la lutte algérienne.  Le développement économique de la Tunisie, la guerre d'Algérie et les mouvements nationaux furent les principaux thèmes  abordés, lors de cette visite historique.  Les objectifs de la diplomatie américaine vis-à-vis de la Tunisie furent d'ailleurs formellement définis  : “préservation d'une Tunisie indépendante, modérée, pro-occidentale et plus démocratique, développement de relations amicales entre la Tunisie et ses voisins nord-africains, restauration de la relation privilégiée entre la France et la Tunisie, création de relations économiques fortes entre les États du Maghreb et entre ces derniers et l'Europe occidentale, développement économique et social suffisant de la région” (rapport remis au président Kennedy le 19 avril 1963. Voir les archives diplomatiques de l'administration Kennedy relatives à la Tunisie). Ce rapport confirme “la diplomatie d'amitié”, entre les USA et la Tunisie.  Face aux vicissitudes de la géopolitique de voisinage, et particulièrement de l'alliance imprévisible avec le dirigeant de la Jamahiriya, la Tunisie dispose, de fait, d'un bouclier géopolitique occidental et onusien, conforté par ses rapports d'amitiés avec ses partenaires arabe et africains.

La visite du chef de gouvernement Youssef Chahed a lieu dans le momentum Trump, en relation avec le logiciel des rapports qu'il a identifiés. Incarnant une nouvelle vision stratégique de l'Establishment américain, le Président Donald Trump, fait aloir, comme idée force, une vision sécuritaire globale, mettant fin avec “l'Islam modéréré”, qui favorisa le mouvement des Fréres musulmans et une redéfinition des enjeux, en conséquences. “Essentiellement à caractère politique”, selon un communiqué de la présidence du gouvernement, la visite a été l’occasion pour Chahed de rencontrer de hauts responsables de la nouvelle administration Trump. 

Au premier jour de sa visite à Washington, le chef du gouvernement a rencontré le vice-président américain, Michael Richard Pence, qui a réaffirmé le soutien des Etats-Unis d’Amérique à la Tunisie qui “s’emploie à renforcer ses capacités sécuritaires, à mettre en œuvre des réformes économiques essentielles et à développer ses institutions démocratiques”.Youssef Chahed a eu, d'autre part, un entretien au Pentagone avec le secrétaire d’Etat américain à la Défense, James Mattis, qui a réaffirmé la disposition des Etats-Unis à renforcer davantage sa coopération militaire et sécuritaire avec la Tunisie et à continuer de soutenir son processus de transition démocratique. Il a aussi salué l’engagement inconditionnel de la Tunisie dans la guerre contre le terrorisme. Notons que la visite de Youssef Chahed à Washington intervient au moment où le nouveau budget de l’administration Trump pour l’exercice 2018 prévoit une baisse importante de l’aide militaire et économique à la Tunisie. “Toute révision à la baisse de l’aide sécuritaire et économique américaine à la Tunisie risque d’envoyer un message négatif aux organisations terroristes quant aux capacités et à la promptitude des forces sécuritaires et militaires tunisiennes”, a lancé Chahed dans une déclaration de presse en marge de sa visite à Washington.

Le chef du gouvernement a, également, rencontré au Capitole, des membres de la Commission des affaires étrangères du Congrès américain. Résultat significatif, une  résolution a été proposée par les sénateurs Ben Cardin et Marco Rubio à l’occasion de la visite de Youssef Chahed aux Etats-Unis. Les membres de la Commission ont réaffirmé, dans la résolution, le soutien de leur pays à la Tunisie et “la volonté de fournir un niveau d’assistance suffisant afin de soutenir la transition en cours vers une démocratie plus inclusive, prospère et stable”. Réussirent-ils à convaincre  leur gouvernement à maintenir le niveau de la subvention ?  Faut-il, d'autre part, accorder de l'importance, au fameux point 10, le  “souhait”  de certains sénateurs vis-à-vis de la normalisation, traduisant le voeux de certains lobbies ?  La Tunisie a toujours défendu “les positions de l'appartenance” et de l'autodétermination et de la décolonisation, qui fonde la défense de la cause palestinienne, sans surenchère, avec la modération habituelle de la diplomatie tunisienne, qui exclut toutes surenchères.


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