Davos, les enjeux internationaux !

Pr. Khalifa Chater

Comme chaque année, les décideurs économiques et politiques se sont réunis durant quatre jours (20-23 janvier), à Davos, en Suisse. De débats en séminaires, de réunions en rendez-vous, de soirées plus ou moins fermées, le Forum de Davos est une concertation internationale sur les problèmes de l'heure. Vérité énoncée par Nariman Behravesh, un habitué du forum : « Nous savons tous qu’il y a le Davos public, qui est différent du Davos privé. C’est dans le Davos privé qu’ils vont en parler. Dans le Davos public, ils n’en parleront évidemment pas ». Ce Davos underground attire aussi les diplomates, qui échangent leurs points de vue sur les thèmes géopolitiques.

La 46e édition du Forum, qui accueille l'élite économique et politique de la planète a réuni, prés de 2 500 participants, des grands patrons, des banquiers centraux, une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement et des personnalités de la société civile. Le thème central de cette année a été la « 4e révolution industrielle », c'est-à-dire la digitalisation de l'économie, par la combinaison de nouvelles technologies, de progrès de la robotisation, l'Internet des objets, le « big data », l'impression 3D. En somme, ce que l'on appelle un peu rapidement « l'ubérisation de l'économie », est en train de changer en profondeur les sociétés. “Le Forum économique mondial décrit la quatrième révolution industrielle comme un tsunami d’avancées technologiques qui va transformer notre économie” explique l’envoyée spéciale d’Euronews Sarah Chappell. D'ailleurs, le rapport préparatoire prédit de larges perturbations, non seulement sur le modèle des affaires, mais aussi sur le marché du travail. Cinq millions d'emplois pourraient disparaître dans les cinq ans à venir et des pans entiers de l'industrie menacent d'être détruits. Peut-on créditer ce diagnostic alarmiste, qui prévoit un chômage en hausse constante, des inégalités de plus en plus profondes et en conséquence, l'instabilité sociale ? Le rapport, appréhende les effets de cette "révolution en marche", invite les décideurs à gérer la transition qu'il met à l'ordre du jour et à assurer la formation d'une main-d'œuvre avec des compétences pour l'avenir.

Le ralentissement économique de la Chine, les turbulences sur les marchés financiers, la baisse des prix du pétrole et des matières premières et la crise des migrants  ont préoccupé cette année, les participants au Forum. Quels sont les effets d'entraînement internationaux du ralentissement économique de la Chine ? Cette puissance a, en effet, enregistré en 2015 sa croissance annuelle la plus faible en 25 ans (6,9%). Relativisant cette inquiétude, le ministre des Finances britanniques George Osborne a rappelé cette évidence : "Même à ce rythme de croissance, la Chine aura ajouté à l'économie mondiale l'équivalent de l'Allemagne à la fin de cette décennie", affirma-t-il.  Christine Lagarde, la directrice générale du FMI,  ne prévoit pas  " un atterrissage brutal" de la Chine. "Nous voyons, dit-elle, une évolution, une grande transition qui va peut être secouer, provoquer des turbulences, nous devons nous y habituer". De fait, la plupart des  analyses prépondérantes se sont montrées rassurantes.

L'effondrement des cours du pétrole, a suscité des opinions divergentes. S'agit-il d'un facteur positif ou négatif. "Nous pensons que les prix du pétrole sont bons pour l'économie mondiale, bons pour le consommateur américain, pour l'Europe, bons pour cinq milliards de gens qui sont des consommateurs de pétrole", a déclaré le directeur général de Crédit Suisse Tidjane Thiam. Peut-on ainsi occulter hâtivement ses effets sur la perturbation de l'économie, la géopolitique internationale et le dérèglement des rapports de forces au Moyen-Orient? 

Par contre la crise migratoire suscita des inquiétudes et des surenchères des représentants des puissances. On évoque volontiers "une immigration subie". On formula des prétextes pour occulter "l'impératif moral', pris en compte par la chancelière allemande. Certains ont même estimé que l'afflux de migrants qui déferlaient sur l'Europe mettait en péril l'existence même des institutions. La ministre autrichienne de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, a menacé samedi, 23 janvier, la Grèce d'une "exclusion provisoire" de l'espace de libre circulation Schengen si Athènes ne renforce pas davantage ses contrôles aux frontières, face à l'afflux de migrants.

Davos fut, de fait, un cérémonial d'autocélébration de l'Establishment politique et économique mondial, occultant les enjeux sociaux, les relations d'asymétrie et, bien entendu, l'inégal développement.  



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