Des négociations non-événements ?

Pr. Khalifa Chater

Des observateurs ont hâtivement affirmé que les négociations entre les protagonistes de la guerre civile, en Syrie et en Libye, sont des non-événements. Ils font volontiers affirmer, que ces deux conflits attestent des positions irréductibles, confortés par les alliés respectifs régionaux et/ou internationaux. De fait, le processus des négociations  est marqué par une course, entre accélération et surplace. Certes, il n'y a pas encore de sortie de crise en vue, les  protagonistes campant sur leurs positions. Lenteurs certes, différant les accords, mais le "murissement" des crises et les rééquilibrages des forces, permettent des avancées, en relation avec les exigences de la communauté internationale. La géopolitique appréhende des conflits d'intérêts mais la montée des périls fait valoir des compromis, sans bien entendu, rapprocher les points de vue. Les crises syrienne et libyenne nécessitent un décryptage de leurs mutations et de leurs suivis, dans leur conjoncture régionale et internationale et en premier lieu de leur voisinage, qui est nécessairement affecté par la tournure des événements.

La donne syrienne : L'armée syrienne appuyée par l'allié russe a infligé une grande défaite dimanche au groupe Etat islamique (EI) en lui reprenant la ville de Palmyre, le 27 mars et promis de chasser l'organisation jihadiste de ses principaux fiefs en Syrie. La progression, des forces de Damas, s'inscrit dans la nouvelle donne géopolitique régionale et internationale et induit un changement des rapports de forces. L'annonce par le Président Vladimir Poutine du retrait partiel de ses forces en Syrie a surpris la communauté internationale. Coup de Poker, affirmaient certains observateurs. Le Président russe faisait plutôt valoir, à la veille de la reprise des négociations, le rééquilibrage des forces en faveur des gouvernementaux.

Peut-on dire que les nouvelles négociations de Genève étaient plutôt formelles ? Elles traduisent et consacrent une nouvelle donne. En effet, à  Munich et à Genève, Washington et Moscou, malgré leurs différences,  essayent de façonner  une position commune sur la transition politique. L'actualité montre qu'un un accord semble se dessiner, entre la Russie et les Etats-Unis, les grands maîtres du jeu :

1-    Accord sur le  maintien, pour le moment,  de Bachar Al-Assad. Les USA se sont résignés à abandonner leur revendication, relative à son départ. L'entrée sur scène de l'aviation russe, les victoires des gouvernementaux ont consolidé la position d'Assad.  Les Américains ont pris acte.  D'autre part, ils se rappellent que le départ de Kadhafi, a établi une gabegie, qu'ils souhaitent éviter en Syrie.

2-    Accord sur le maintien du cessez le feu, permettant l'action humanitaire, en faveur des régions assiégées et prises en otage,

3-    Cette situation permet le contrôle de l'afflux des émigrants.

Libye : Pour éviter l'implosion de la Libye, vu l'existence de deux gouvernements rivaux qui se rejettent,  les ambitions des seigneurs de guerre, les velléités tribales et l'installation de Daeche,  des négociations  ont abouti à la formation d'un prochain gouvernement d'union nationale parrainé par l'ONU dirigé par Fayez al-Sarraj. Ce gouvernement a été mis en place à la suite d'un accord politique signé fin 2015 au Maroc, sous l'égide de l'ONU, par des députés des deux Parlements rivaux et ce, malgré l'opposition des chefs de ces institutions. Or, pour être officiellement investi, l'accord stipule qu'il doit obtenir la confiance du Parlement reconnu par la communauté internationale, basé à Tobrouk (est). Après plusieurs échecs faute de quorum, l'entrée en fonction du gouvernement a finalement été proclamée le 12 mars sur la base d'un communiqué de soutien publié par une centaine de parlementaires de Tobrouk (sur 198).

Mais le parlement de Tobrouk ne se résigne pas à abandonner le général Haftar, hostile à la mouvance islamique. D'autre part, Fajr al-Islam, qui occupe la Tripolitaine, a fermé le 29 mars les aéroports de Meitka et de Misrata, pour empêcher l'installation du gouvernement d'union à Tripoli. Finalement, le chef désigné du gouvernement d'union a pu détourner les difficultés. Il est venu de Tunis à bord d'un navire militaire libyen, le 30 mars. Il installe son gouvernement à Tripoli, avec de l'appui de la communauté internationale. Notons que l'Union européenne a adopté des sanctions contre des responsables des deux autorités rivales,  qui se disputent le pouvoir et s'opposent depuis des semaines à l'installation en Libye du gouvernement d'union nationale formé sous l'égide de l'ONU. L'arrivée à Tripoli de M. Sarraj et de plusieurs membres du conseil présidentiel du gouvernement d'union nationale a été saluée comme une "étape importante dans la transition démocratique" par l'émissaire de l'ONU en Libye, Martin Kobler. Mais les gouvernements Tobrouk ne le reconnut pas, alors que le gouvernement de Tripoli lui demanda de quitter la capitale.

Actuellement, le gouvernement d'union nationale détient exclusivement sa légitimité de la communauté internationale. Il bénéficie également de l'appui des pays du voisinage.  Présenté comme un gouvernement de salut public, ce gouvernement ne semblait être en mesure d'assurer  la réconciliation des protagonistes, puisqu'ils ne le  reconnaissent pas.  Pourrait-il bénéficie-t-il du soutien, des acteurs régionaux, dont on ne doit pas leurs relations différentielles  avec les protagonistes.

Conclusion : La nouvelle donne relativise le rôle des puissances régionales : Exemple évident, la Turquie voit son jeu de rôle occulté. Diagnostic de l'expert turc Behlul Ozkhan ‘‘Ankara a voulu jouer dans la cour des grands … Alors qu'elle est une puissance moyenne –politiquement, économiquement, militairement, elle s'est prise en Syrie; pour une grande puissance, de l'ordre des Etats-Unis, ou de la Russie, capable d'imposer ses plans, de remodeler le Moyen-Orient’’. Behlul Ozkhan craint des affrontements entre kurdes et turcs, entre sunnites et alaouites, ‘‘une syrianisation de la Turquie, dont ses dirigeants ne semblent pas avoir conscience’’ (André Andlauer, "attaquée  et isolée, la double peine d'une puissance moyenne", Le Monde, 19 février 2016). Il n'ya qu'avec l'Arabie Saoudite et le Qatar, favorables à la résistance, pour faire front commun avec la Turquie. Or, le jeu de rôle de ces alliés, jouant aussi dans la cour des grands, a été remis en cause, par la tournure des événements, en relation avec les rapports de forces, de L'Establishment international. Behlul Ozkhan explique l'échec du "coup de poker" de la Turquie, ", en Syrie, ‘‘quand vos cartes sont faibles, vous ne pouvez que perdre’’ (Behlul Ozkhan, ibid.).Or, le Qatar et l'Arabie Saoudite ont participé à ce "coup de poker", avec ses résultats évidents. Sur  le terrain, l'Iran et Hizb Allah, dans le clan adverse, auraient pris acte de la redéfinition de leur rôle, par la Russie, en concertation avec les USA.

En Libye, le jeu de rôle des puissances régionales et internationales est moins évident. Des alliances de fait œuvrent dans l'underground. Elles semblent  paralyser les négociations, en vue de faire valoir le gouvernement d'union nationale. Le consensus contre Daeche pourrait rapprocher les points de vue. Mais l'intervention militaire occidentale annoncée et heureusement différée, pourrait susciter une montée des périls, défiant les pays du voisinage.

chaterkhalifa@topnet.tn


Pr. Khalifa Chater

Des observateurs ont hâtivement affirmé que les négociations entre les protagonistes de la guerre civile, en Syrie et en Libye, sont des non-événements. Ils font volontiers affirmer, que ces deux conflits attestent des positions irréductibles, confortés par les alliés respectifs régionaux et/ou internationaux. De fait, le processus des négociations  est marqué par une course, entre accélération et surplace. Certes, il n'y a pas encore de sortie de crise en vue, les  protagonistes campant sur leurs positions. Lenteurs certes, différant les accords, mais le "murissement" des crises et les rééquilibrages des forces, permettent des avancées, en relation avec les exigences de la communauté internationale. La géopolitique appréhende des conflits d'intérêts mais la montée des périls fait valoir des compromis, sans bien entendu, rapprocher les points de vue. Les crises syrienne et libyenne nécessitent un décryptage de leurs mutations et de leurs suivis, dans leur conjoncture régionale et internationale et en premier lieu de leur voisinage, qui est nécessairement affecté par la tournure des événements.

La donne syrienne : L'armée syrienne appuyée par l'allié russe a infligé une grande défaite dimanche au groupe Etat islamique (EI) en lui reprenant la ville de Palmyre, le 27 mars et promis de chasser l'organisation jihadiste de ses principaux fiefs en Syrie. La progression, des forces de Damas, s'inscrit dans la nouvelle donne géopolitique régionale et internationale et induit un changement des rapports de forces. L'annonce par le Président Vladimir Poutine du retrait partiel de ses forces en Syrie a surpris la communauté internationale.Coup de Poker, affirmaient certains observateurs. Le Président russe faisait plutôt valoir, à la veille de la reprise des négociations, le rééquilibrage des forces en faveur des gouvernementaux.

Peut-on dire que les nouvelles négociations de Genève étaient plutôt formelles ? Elles traduisent et consacrent une nouvelle donne. En effet, à  Munich et à Genève, Washington et Moscou, malgré leurs différences,  essayent de façonner  une position commune sur la transition politique. L'actualité montre qu'un un accord semble se dessiner, entre la Russie et les Etats-Unis, les grands maîtres du jeu :

1-Accord sur le  maintien, pour le moment,  de Bachar Al-Assad. Les USA se sont résignés à abandonner leur revendication, relative à son départ. L'entrée sur scène de l'aviation russe, les victoires des gouvernementaux ont consolidé la position d'Assad.  Les Américains ont pris acte.  D'autre part, ils se rappellent que le départ de Kadhafi, a établi une gabegie, qu'ils souhaitent éviter en Syrie.

2-Accord sur le maintien du cessez le feu, permettant l'action humanitaire, en faveur des régions assiégées et prises en otage,

3-Cette situation permet le contrôle de l'afflux des émigrants.

Libye : Pour éviter l'implosion de la Libye, vu l'existence de deux gouvernements rivaux qui se rejettent,  les ambitions des seigneurs de guerre, les velléités tribales et l'installation de Daeche,  des négociations  ont abouti à la formation d'un prochain gouvernement d'union nationale parrainé par l'ONU dirigé par Fayez al-Sarraj. Ce gouvernement a été mis en place à la suite d'un accord politique signé fin 2015 au Maroc, sous l'égide de l'ONU, par des députés des deux Parlements rivaux et ce, malgré l'opposition des chefs de ces institutions. Or, pour être officiellement investi, l'accord stipule qu'il doit obtenir la confiance du Parlement reconnu par la communauté internationale, basé à Tobrouk (est). Après plusieurs échecs faute de quorum, l'entrée en fonction du gouvernement a finalement été proclamée le 12 mars sur la base d'un communiqué de soutien publié par une centaine de parlementaires de Tobrouk (sur 198).

Mais le parlement de Tobrouk ne se résigne pas à abandonner le général Haftar, hostile à la mouvance islamique. D'autre part, Fajr al-Islam, qui occupe la Tripolitaine, a fermé le 29 mars les aéroports de Meitka et de Misrata, pour empêcher l'installation du gouvernement d'union à Tripoli. Finalement, le chef désigné du gouvernement d'union a pu détourner les difficultés. Il est venu de Tunis à bord d'un navire militaire libyen, le 30 mars. Il installe son gouvernement à Tripoli, avec de l'appui de la communauté internationale. Notons que l'Union européenne a adopté des sanctions contre des responsables des deux autorités rivales,  qui se disputent le pouvoir et s'opposent depuis des semaines à l'installation en Libye du gouvernement d'union nationale formé sous l'égide de l'ONU. L'arrivée à Tripoli de M. Sarraj et de plusieurs membres du conseil présidentiel du gouvernement d'union nationale a été saluée comme une "étape importante dans la transition démocratique" par l'émissaire de l'ONU en Libye, Martin Kobler. Mais les gouvernements Tobrouk ne le reconnut pas, alors que le gouvernement de Tripoli lui demanda de quitter la capitale.

Actuellement,le gouvernement d'union nationale détient exclusivement sa légitimité de la communauté internationale. Il bénéficie également de l'appui des pays du voisinage.  Présenté comme un gouvernement de salut public, ce gouvernement ne semblait être en mesure d'assurer  la réconciliation des protagonistes, puisqu'ils ne le  reconnaissent pas.  Pourrait-il bénéficie-t-il du soutien, des acteurs régionaux, dont on ne doit pas leurs relations différentielles  avec les protagonistes.

Conclusion : La nouvelle donne relativise le rôle des puissances régionales : Exemple évident, la Turquie voit son jeu de rôle occulté. Diagnostic de l'expert turc Behlul Ozkhan ‘‘Ankara a voulu jouer dans la cour des grands … Alors qu'elle est une puissance moyenne –politiquement, économiquement, militairement, elle s'est prise en Syrie; pour une grande puissance, de l'ordre des Etats-Unis, ou de la Russie, capable d'imposer ses plans, de remodeler le Moyen-Orient’’. Behlul Ozkhan craint des affrontements entre kurdes et turcs, entre sunnites et alaouites, ‘‘une syrianisation de la Turquie, dont ses dirigeants ne semblent pas avoir conscience’’ (André Andlauer, "attaquée  et isolée, la double peine d'une puissance moyenne", Le Monde, 19 février 2016). Il n'ya qu'avec l'Arabie Saoudite et le Qatar, favorables à la résistance, pour faire front commun avec la Turquie. Or, le jeu de rôle de ces alliés, jouant aussi dans la cour des grands, a été remis en cause, par la tournure des événements, en relation avec les rapports de forces, de L'Establishment international. Behlul Ozkhan explique l'échec du "coup de poker" de la Turquie, ", en Syrie, ‘‘quand vos cartes sont faibles, vous ne pouvez que perdre’’ (Behlul Ozkhan, ibid.).Or, le Qatar et l'Arabie Saoudite ont participé à ce "coup de poker", avec ses résultats évidents. Sur  le terrain, l'Iran et Hizb Allah, dans le clan adverse, auraient pris acte de la redéfinition de leur rôle, par la Russie, en concertation avec les USA.

En Libye, le jeu de rôle des puissances régionales et internationales est moins évident. Des alliances de fait œuvrent dans l'underground. Elles semblent  paralyser les négociations, en vue de faire valoir le gouvernement d'union nationale. Le consensus contre Daeche pourrait rapprocher les points de vue. Mais l'intervention militaire occidentale annoncée et heureusement différée, pourrait susciter une montée des périls, défiant les pays du voisinage.

chaterkhalifa@topnet.tn