Elections tunisiennes, en attendant les programmes… !

Pr. Khalifa Chater

Les élections tunisiennes sont désormais à l'ordre du jour. Suite à l'accord des différents acteurs du dialogue national, sous l'égide du quartet les partis tunisienssont en conclaves. Ils préparent cette échéance, s'adaptant à la décision prise de tenir les élections législatives, avant les élections présidentielles. Or, les décisions prises par les deux partis accrédités d'un bon score par les sondages, Nida Tounis et an-Nahdha semblent brouiller les cartes.

Le parti Nida Tounis a pris la décision d'entrer dans la compétition, sous sa bannière et non celle de l'Union pour la Tunisie. Il annonce des possibilités de concertation et de coopération, difficiles à définir. Etant donné le succès spectaculaire que lui accorde le sondage, il préfère faire valoir son label, bien conforté par le charisme de son Président Béji Caïd Essebsi. Peut-on lui en vouloir d'en tenir compte de cette donne, dans son jeu politique ? Cette initiative suscite l'inquiétude de ses alliés de l'UPT. Certains d'entre eux acceptent l'état de fait et tentent de dégager des processus de coopération électorale. D'autres partis envisagent d'organiser des élections au nom de l'UPT, en l'absence de son ossature Nida Tounis. Iront-ils jusqu'à regretter leur action commune, lors de l'été 2014, pour imposer l'accord sur la feuille de route du quartet. Leur mot d'ordre appelait la population civile à faire barrage à En-Nahdha.  Comment peut-on, dans ce nouveau contexte,  opérer la jonction entre les différentes composantes du mouvement libéral. Fait d'évidence, Nida Tounis et les partis dont les chefs seraient candidats à la présidence, font valoir l'enjeu présidentiel, alors que le régime quasi parlementaire accorde les plus larges prérogatives au président du Conseil. Nida Tounis prépare, bien entendu, ses candidatures aux législatives et ouvre ainsi la voie à la compétition. Est-ce à dire qu'il serait plutôt favorable à un gouvernement de large union, tenant compte des rapports de forces au sein du prochain parlement ?

An-Nahdha,  qui  semble privilégier l'enjeu gouvernemental, fait appel au dialogue, pour choisir un candidat à la présidence de Consensus. Nida Tounis a déjà fait des réserves sur cette initiative, estimant qu'elle met fin au débat politique, alors que l'urne est seule habilitée à choisir le nouveau président. De nombreux petits partis semblent favorables à cette initiative. Par contre, les partis de l'opposition ne semblent pas enclins à rejoindre l'alliance, qui incluerait normalement Attakattoul et le CPR. Mais l'annonce éventuelle des candidatures à la présidence, des anciens alliés au sein d'an-Nahdha  limiterait l'appel à une candidature de consensus. Al-Joumouri lui-même en défendant son programme.

La situation semble complexe.  Comment identifier, parmi les partis, la gauche et la droite ? Le front populaire reste attaché à son discours fondateur, plutôt socialiste originellement. Mais la plupart des partis ne précisent pas leurs options socio-économiques, y compris les grands partis. D'autres partis définissent leur stratégie, par l'opposition aux partis an-nahdha et Nida Tunis, considérés comme des mouvements hégémoniques. D'autres, se définissent par l'opposition aux mouvements qu'ils considérent comme contre-révolutionnaires politiquement comme les anciens du Tjamma ou socialement, comme la droite libérale, qui serait dominée par les milieux d'affaire. De fait, il y a "une débandade" à gauche.

Fait d'évidence, les programmes politiques des partis ne semblent pas séduire les électeurs défavorisés, qui font valoir leurs attentes sociales. Ce qui doit inciter les dirigeants des différents partis à se remettre au travail, pour étudier les demandes du terrain, examiner les doléances des acteurs de la révolution, ouvrir des horizons de promotion et mettre à l'ordre du jour les rêves de la jeunesse, soucieuse d'emploi, de bien être, de libertés et d'ouverture. Wait and see.

(L'économiste maghrébin, n°634

du 25  juin au 9 juillet 2014).


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