Évènements divers

Pr. Khalifa Chater

 

Trois événements marquent ces jours-ci, la scène internationale: la frappe lancée par les États-Unis sur la base aérienne de Shayrat, en Syrie, le référendum turc et les élections françaises. Fussent-ils  plutôt disparates, ils induisent des jeux de rôles et précisent des rapports de forces entre les acteurs. Alors que la frappe américaine  et le référendum turc, sont en rapport direct avec l'implosion du Moyen-Orient,  les élections françaises posent,  dans le suivi des positions du Président Donald Trump, la problématique de la mondialisation.

USA, rupture ou continuité ? Le Président Donald Trump a annoncé une révision de la politique américaine, qui prendrait ses distances avec les options du Président Obama. Sa praxis politique confirmerait-elle son discours ? De nombreux observateurs font plutôt valoir la pesanteur de l'Establishment américain, sur les vœux du chef de l'Etat. Le professeur de l'université américaine de Paris, Steven Ekovitch explicite ces vues : "Les propositions du Président Trump, ne constituent pas la politique américaine" (entretien, avec ce chercheur 28 avril 2017). Qu'en est-il, au juste ? La frappe lancée par les États-Unis sur la base aérienne de Shayrat, sanction de l'attaque chimique contre Khan Cheikhoun, imputée au régime syrien, confirmerait le changement de position de Washington en Syrie ou plutôt ferait valoir le retour à hiérarchisation ancienne des enjeux au Moyen-Orient et au jeu de rôle de "gendarme", dans la région. 

Cette frappe, aurait plutôt un caractère démonstratif. Elle ne change pas la donne et ne définit guère de nouveaux enjeux. "La neutralisation de cette base ne va pas bouleverser l'équilibre des forces dans le conflit. Le régime garde l'avantage mais il n'a pas les moyens humains pour avancer sur plusieurs fronts à la fois", estime Tim Eaton, du centre de réflexion Chatham House à Londres, auprès de l'AFP. Mais pour Reed Foster, de l'institut Jane's, la porte est peut-être ouverte à une plus grande intervention américaine et occidentale destinée à "affaiblir les capacités militaires syriennes, à un moment où la dynamique est du côté des forces syriennes soutenues par la Russie"(Timothée Vilars, nouvelobs.com, 7 avril 2017). A juste titre, Pierre Razoux, Directeur de recherche à l'IRSEM estime que  le point de force de Trump "ne change rien sur le terrain et ne règle aucun problème de fond. Au sol, le rapport des forces terrestres reste très favorable au régime syrien ; même sans appui aérien, Bachar al-Assad garde l'avantage (de l’ordre de 3 contre 1, voire de 4 contre 1 avec les milices chiites et le Hezbollah)" ("Que penser de la récente frappe américaine contre la Syrie ?", site  de l'Annuaire Français des Relations Internationales (AFRI), 12 avril 2017). Mais ne sous-estimons pas la portée du message, aux électeurs américains et aux acteurs nationaux et régionaux.

Le référendum turc confirmerait le jeu de rôle du Président Erdogan : Le gouvernement  turc a proclamé, la victoire du "oui" au référendum, organisé le 16 avril, à une très faible majorité. Plaçons cette velléité présidentielle, dans sa conjoncture globale. Dans le tiers-monde, les régimes ne sont pas à l'aise. S'accommodant difficilement avec la gouvernance démocratique, ils rejettent volontiers le parlementarisme et optent plutôt pour le présidentialisme, qu'ils renforcent dans leur gestion. La révision constitutionnelle, qui instaure un régime présidentiel, consolide le pouvoir du leader turc Recep Tayyip Erdogan. Elle va «enclencher la restructuration la plus drastique des 94 ans d'histoire de la politique turque et de son système de gouvernance», selon un rapport du centre d'analyses Brookings Institution. D'après la révision de la Constitution, le président sera élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. Le nouveau texte ne prend pas en compte, en effet, les résultats des élections antérieures. Recep Tayyip Erdogan pourrait rester au pouvoir jusqu'en 2029. Mais l'opposition, puissante et bien structurée,  reste mobilisée. Vu son idéologie islamiste, le président Erdogan, antidote du grand leader Ataturk, pourrait assurer la promotion de l'Establishment religieux et occulter la société civile. Fait d'évidence, les acquis modernistes sont remis en question. D'autre part, alors que le pouvoir turc hésitait entre ses velléités occidentales (candidature à l'Union Européenne, intégration dans l'Otan) et sa politique néo-ottomane, au Moyen-Orient, la tournure des événements consolide la démarcation avec l'Occident, sans accréditer le néo-ottomanisme. L'alliance da fait avec la Russie - disons plutôt le rapprochement Erdogan/Poutine - ne peut s'accommoder du jeu de rôle turc, avec Qatar, en Syrie, en Libye et bien au-delà

Les enjeux des élections présidentielles françaises : Emmanuel Macron,  fondateur du mouvement En Marche et Marine Le Pen, Présidente du Front national, sont qualifiés, pour le deuxième tour des élections présidentielles. Deux candidats, porteurs de projets minoritaires, que tout oppose. Leur confrontation recoupe une vraie césure idéologique : Leur débat est d'ailleurs sur la place publique.  Leur clivage sur l'Union Européenne est évident.  Marine Le Pen prône la sortie de l’Euro, de l’espace Schengen, et un référendum sur le maintien ou non de la France au sein de l’Union européenne. Par contre, Emmanuel Macron souhaite instaurer l’harmonisation sociale en Europe (formation, santé, chômage, SMIC…). Il est également favorable à la création d’un gouvernement économique au niveau européen et la mise en place d’un budget de la zone euro. D'autre part, alors que Macron défend une politique libérale, Marine Le Pen, qui se présente comme la "candidate de la grande alternance" et définit son adversaire, comme l'héritier de François Hollande, affirme qu'il représente "la mondialisation sauvage". Proposant l'exclusion des migrants, elle demande la fermeture des frontières. De ce fait, elle défend une stratégie de repli, dans le cadre d'une vision nostalgique. Par contre Emanuel Macron se définit par son ouverture sur le monde. Jean-Luc Mélenchon définit ainsi leur duel : "Marie Le Pen est l'extrême-Droite, alors que Macron est l'extrême marché".

Au cours de leurs campagnes, les deux candidats voudraient récupérer le vote populaire. Réussirent-ils leurs opérations de séduction ?  Cet affrontement des deux candidats, inscrit leur duel, dans une démarcation entre les enjeux de la société française, en relation avec leurs visions d'avenir opposées.  Donnée nouvelle, le clivage n'est plus entre la droite et la gauche, mais entre les sociétés ouvertes et les sociétés fermées. Constat des observateurs, dans l'état actuel de la campagne électoral, Emmanuel Macron subit l'épreuve de son statut de "favori". 

chaterkhalifa@topnet.tn

 

(in Economiste maghrébin, n° 711, du 3 au 17 mai 2017)



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