L'Union Européenne : une mise à l'épreuve

Pr. Khalifa Chater

 

L'UnionEuropéenne estsérieusement mise à l'épreuve.  La décision du Royaume Uni d'organiser un référendum, sur  son maintien ou nom, au sein de l'instance communautaire et les déboires de la Grèce, refusant de payer ses prêts et menacée de sortie de l'Euro, confortent l'Euroscepticisme. Rappelons que le référendum de 2005, en France, a rejeté la constitution européenne (55 % de non). En raison de cet échec, il a été remplacé par un traité modificatif dont le texte a été approuvé par le Conseil européen de Lisbonne en 2007. La crise économique aurait d'ailleurs creusé le clivage, entre les partisans de l'Europe et ses opposants.

L'absence de perspectives semble renforcer le malaise. Diagnostic pessimiste du Figaro : " A 28, l'Union menacée se replie dans la coercition. Une autre Europe peut être bâtie, sur l'adhésion des peuples" (Philippe Gélie, "Europe à la Carte, Le Figaro, 29 mai 2015). D'autre part, les migrants s'imposent désormais à l'agenda européen. Ce qui annonce la remise en question, à plus ou brève échéance, de «l'espace Schengen», qui permet l'ouverture des frontières entre les pays signataires pour les étrangers à l'Union européenne.

Royaume Uni, une possible sortie de l'Union : Le Royaume Uni a décidé  d'organiser d'ici la fin  2017 un référendum sur le maintien ou non de son pays  à l'Union Européenne. David Cameron, le premier ministre dit ignorer pour le moment, dans quel sens il appellera à voter. Mais il explicite désormais sa stratégie, en présentant ses conditions Sine Qua None.  Il souhaite, pour renforcer sa position, une modification des traités européens. Il a répété qu'il n'excluait pas   de prôner le "non", s'il n'obtenait pas satisfaction. Il ferait valoir le "mandat clair", que lui ont confié les électeurs, en donnant au parti conservateur une majorité absolue, dont le programme contrairement à celui du parti travailliste promettait le référendum. Or, la chancelière allemande Angela Merkel et le président François Hollande demandent, au contraire, de renforcer par petites touches, l'intégration du continent. Dans une contribution envoyée, le 23 mai, envoyée à Jean-Claude Junker, le président de la Commission - qui pilote la préparation d'un rapport sur l'approfondissement de l'Union européenne -,  la France et l'Allemagne proposent que la zone euro se dote d'un programme  dans "quatre domaines d'action,  qui devraient être développées, dans le cadre des traités actuels, dans les prochaines années" : la politique économique, la convergence économique, fiscale et sociale, la stabilité financière et les investissements et la gouvernance de l'l'Union monétaire (feuille de route d'Angela Merkel et de François Hollande cité par le journal Le Monde,  26 mai 2015). Le premier ministre britannique compte-t-il mettre en application sa perspective de "Brexit" (pour British exit), qu'il brandit comme menace ? Le départ du Royaume Uni de la communauté européenne n'est pas acquis. Tout en faisant valoir son atlantisme et sa proximité géopolitique avec les USA, le Royaume Uni s'est toujours montré soucieux de s'assurer une participation minimum à l'Union Européenne. On ne peut guère affirmer, dans ce contexte, que le "game is over" et que la position du parti conservateur est définitive.

La défection de la Grèce ? Fortement endettée, la Grèce est menacée de sortie de la zone de l'Euro, en cas de défaut de paiement au FMI. Porté au pouvoir sur un engagement anti-austérité, le Premier ministre grec Alexis Tsipras est écartelé entre les exigences des créanciers et la pression de son parti de gauche radicale Syriza et de ses électeurs contre des mesures qui aggraveraient la crise du pays. Les points d'achoppement des négociations restent centrés sur le champ des réformes demandées au gouvernement grec. Berlin ne veut pas entendre parler d'allègement de la dette avant d'avoir des engagements clairs sur les réformes, mais M. Tsipras pose la condition inverse et veut aussi des garanties sur le financement les mois à venir. "C'est la poule et l'œuf", selon une source européenne. Les grands argentiers s'étaient réunis, à plusieurs reprises,  au chevet de la Grèce qui bataille avec le FMI, la BCE et la Commission européenne pour obtenir de l'argent frais en échange de promesses de réformes.  L'accord avec les créanciers devaient intervenir avant le 30 juin. Les discussions feuilletons n'ayant pas abouti, un "Grexit", une sortie de la Grèce est sérieusement envisagée. Il s'agit d'un scénario catastrophe pour les responsables européens et pour beaucoup de Grecs qui veulent rester dans l'euro.

Coup de poker, la décision du gouvernement grec d'organiser un référendum a surpris les dirigeants européens et provoqué un tollé général. Retour à la raison, la nouvelle donne a obligé les responsables européens à s'adapter et à tenter le tout pour le tout: jouer le jeu du gouvernement Tsipras en entrant dans la logique du référendum.

Conclusion : L'Union Européenne est l'objet d'une mise à l'épreuve et non d'une remise en question. L'Euroscepticisme traduit plutôt des états d'âme. L'autocritique concerne vraisemblablement une vision utopique, d'ambitieuses perspectives d'avenir, difficile à traduire en actes. Dans ce domaine, les conclusions du sondage Ifop-Le Figaro, effectué récemment, sont significatives: 62 % des Français sondés  estiment que l'appartenance de la France à l'Union Européenne est une bonne chose. Peut-on parler d'une "acceptation résignée" ? Les Français reprochent à la construction européenne d'être " au milieu du gué", c'est-à-dire d'un processus qui tarde à s'accomplir. Ce qui atteste que l'opinion publique française et même européenne reste attachée au statu quo.   

Puissance économique, l'Union Européenne joue un rôle modeste sur la scène internationale, étant dépourvue de moyens militaires communautaires. Ce qui suscite les critiques de ses citoyens. La real politique a nécessairement fait valoir le processus progressif.  Le souverainisme invoqué n'est plus à l'ordre du jour, dans un monde multipolaire. Mais les citoyens européens "culpabilisent" volontiers l'appareil de Bruxelles et lui attribuent, hâtivement et souvent spontanément, la responsabilité de la crise économique. Perçus comme leur unique horizon, ils appréhendent  les enjeux et les tensions internes de l’Union européenne et ses interactions avec le reste du monde. Mais prenons la juste mesure de ce parcours dynamique de l'Union Européenne et de la pertinence de ses instances de concertation et d'intervention. L'histoire immédiate doit aussi rappeler que le processus communautaire européen a permis de transgresser les mauvais souvenirs hérités des conflits intra-européens et des guerres coloniales ayant marqué l'Europe au 20e siècle. D'autre part, l'Europe s'érige désormais, dans la carte géopolitique des puissances, en entité indépendante, disposant de moyens qu'on ne doit pas sous-estimer. Autre fait d'évidence, la prospérité européenne nécessite un développement de ses relations complémentaires, avec le voisinage, l'Europe de l'Est et l'aire afro-méditerranéenne.  Toute velléité de fermeture redimensionne sa politique de partenariat et sa diplomatie économique. Une telle position anachronique n'est d'ailleurs pas mise à l'ordre du jour par l'instance européenne, soucieuse de marquer son territoire, par le développement nécessaire de ses marchés, de ses champs de coopération et de ses zones d'influence. 



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