La danse du chagrin ?

Pr. Khalifa Chater

"Le meilleur moyen de prédire l’avenir est de le créer” (Abraham Lincoln). La danse du chagrin ? "Le meilleur moyen de prédire l’avenir est de le créer” (Abraham Lincoln). Après le grand espoir postrévolutionnaire, la Tunisie vit-elle  "la danse du chagrin” ? Les attentes sociales sont désormais aux oubliettes, alors que la crise économique ferme tous les horizons. Comment démentir l’optimisme affiché par l’Establishment et corriger le pessimisme des citoyens ?  L’alliance Nida/Nahdha semble remise en question.  Le soutien du parti islamiste au gouvernement Chahed, dénoncé par son parti,  brouille les cartes. Le chef du gouvernement renierait ses choix libéraux et modernistes et se rallierait aux positions de la Nahdha. D’autre part, les propositions de la Commission des droits de l’homme, relative à l’égalité de l’héritage,  serait la pomme de discorde entre Nida  et Nahdha.  Ce fut un teste révélateur de la difficulté d’alliance des extrêmes. Ce rapport fut d’ailleurs l’objet d’une diffamation, lui attribuant des propositions invraisemblables, telles l’abolition de la circoncision des garçons et le mariage des homosexuels, Or, dans notre ère des réseaux sociaux, la rumeur dément le parler vrai. Autre dérive, certains "oulémas,  qui rejettent d’ailleurs l’ijtihad, affirment que le rapport transgresse la constitution, oubliant l’égalité du genre qu’elle affirme. L’obscurantisme garde bien des fidèles. L’élection de la représentante du parti Nahdha, comme maire de Tunis (3 juillet), ainsi d’ailleurs des grandes villes : Sfax, Kairouan et Bizerte confirment la victoire du parti Nahdha. Le vote en faveur de la candidate de Nahdha à la mairie de Tunis, par des membres de l’alliance civile, dont des conseillers d’Afak et du Machrou et l’abstention du Front populaire, favorisant Nahdha montrent l’ambigüité du dit front progressiste, que la direction autoproclamée de Nida confirme.

Vu l’actuel rapport de forces, Nida Tounes appréhenderait difficilement les élections parlementaires et présidentielle de 2019. On évoque la possibilité de les retarder, pour gagner du temps. Cet alibi illégal serait impopulaire. Comment sortir de l’épreuve ? Sortant de son silence stratégique, le président serait appelé à intervenir. Ses récentes rencontres avec des dissidents de Nida révèlent ses dispositions favorables à une recomposition  du paysage politique tunisien qui reposerait sur  la reconfiguration idéologique. Les départs du chef du gouvernement et de l’actuelle direction de Nida sont annoncés, par des observateurs. Ces mesures, qui ne concernerait que la classe politique privilégiée ne sauraient suffire.

Le gouvernement vit son “splendide isolement”. Ses agissements tactiques ne s’inscrivent pas dans une vision d’avenir. Sérieusement critiqué, il opte pour des mesures populistes censées gagner l’opinion. L’annonce de l’octroi de 500 dinars aux familles de bacheliers et d’une orientation universitaire, privilégiant les régions intérieures ne pouvaient que créer la discorde et mécontenter les régions périphériques de la capitale… L’option en faveur de l’augmentation des produits de première nécessité (eau, électricité, gaz), l’augmentation du prix de l’essence et l’occultation de la question du pouvoir d’achat inquiètent les citoyens. Certains demandent le choix d’une équipe gouvernementale restreinte de compétences. D’autre part, le financement par le Royaume Uni, d’une campagne médiatique progouvernementale, en faveur de l’exécutif tunisien, contre les protestations sociales, a suscité de vives critiques. Le journal britannique The Guardian a affirmé : “Londres a financé une campagne médiatique pour  "blanchir ” le gouvernement tunisien, ciblant les jeunes de la tranche d’âge des 18-35 ans, en tant que fers de lance des protestations contre la flambée des prix, la mise en place de nouveaux impôts, les conditions imposées par le FMI pour l’attribution à la Tunisie d’un prêt de 2,9 milliards de dollars”. Démentie par la porte parole du gouvernement tunisien, l’information a suscité une campagne de presse, en Tunisie et a été le thème d’un face à face de la chaine France 24, le 4 juillet. Alimentant une rumeur publique, l’information  ne pouvait servir un gouvernement objet d’attaques tous azimuts.

La Tunisie vit un calme trompeur. Le sit in du 30 juin (la campagne du salut),  a été organisé par un collectif d’associations et de mouvements de protestations, devant le parlement. Elle n’eut pas le niveau du rassemblement du départ (été 2013), mais elle traduit un malaise. La campagne des retraités, dénonçant la décision du gouvernement de ne pas leur appliquer les mesures d’augmentation, dessert le pouvoir. D’autre part, l’UGTT annonce une campagne de protestation sociale et demande régulièrement un changement de gouvernement. Comment sortir de cette situation de blocage ?

 

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