Mutations et géopolitique internationale … ?

Pr. Khalifa Chater

 “Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe ”. Ce diagnostic, bien pessimiste d’Edgar Morin, en 2011, traduit-il la situation tunisienne et les difficultés de la sortie de l’impasse ? Les paradigmes perdus des formations politiques tunisiennes, instituent un pragmatisme, sans objectif, outre l’ambition des acteurs. Rien ne justifie le cheminement de leurs pensées, outre les velléités de positionnements gratuits, dans l’espace politique.  On se dirige, désormais, sans boussole.

La coalition nationale, qui comptait avant la défection des membres du parti al-Watani al-Hor, 51 députés, constituaient plutôt un lobby, en faveur du chef de gouvernement Youssef Chahed.  Or, l’alliance du gouvernement avec Nahdha remettait en cause le discours fondateur originel de la plupart des membres de la coalition nationale. L’observateur averti constate un alignement de fait du gouvernement sur les positions du parti islamiste (complaisance vis-à-vis du l'Instance vérité et dignité, qui voulait récrire l’histoire nationale, occultation de la revendication, sur l’égalité de l’héritage,  adoption du choix idéologique de l’importation des produits concurrentiels, glibets, eau minérale, pain et tissus etc.). L’appel à la stabilité de Nahdha et l’opposition au remaniement attesteraient un soucie de sauvegarde des positions acquise par ce parti.

Manœuvres et contre- manœuvres, le parti Al-Watani al-Hourr a annoncé le 14 octobre, son retrait de la coalition nationale, sa demande du départ du chef de gouvernement et son alliance, avec Nida.  Cette décision ne change pas la donne générale. Elle met, cependant en échec, les annonces d’une recomposition, par un congrès unitaire de Nida Tounes, en janvier prochain. Fait significatif, la décision du comité conjoncturel de Nida, se rallie, sans décision de ses instances électorales au parti al-Alwatani al-Horr, et confierait à son président, le secrétariat général du parti. Qui serait l’auteur de cette architecture qui surprend et remet en cause la démocratisation de cette  institution ?

Des observateurs font plutôt valoir les effets de la conjoncture internationale. Visitant la Tunisie, le 9 octobre, une délégation du congrès américain, a rencontré le Président de la République et le chef du gouvernement. Elle cependant transgressé son habitude, en ne consacrant pas un entretien, avec le président du parti Nahdha. Dans ce même ordre d’idées, les observateurs mettent en valeur l’éloge appuyé du Président Macron, au Président de la République Caïd Essebsi, l’assurant de son soutien contre l’obscurantisme et  rappelant l’œuvre émancipatrice du grand leader Habib Bourguiba (sommet de la francophonie,   Erevan, Arménie, 11 octobre).  Serait-il exagéré d’y lire une révision de l’Occident, de ses choix, dans l’aire arabe ? Comment le pouvoir tunisien, s’inscrirait-il, dans cette mutation internationale, susceptible de changer la donne régionale ?

 

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