Tunisie, à la recherche d'un renouveau politique …!

Pr. Khalifa Chater

Nous avons affaire en Tunisie à un système gouvernemental, plutôt qu'à un système parlementaire. Représentant formellement les partis de la coalition, le gouvernement fait valoir son autonomie de fait. Il serait excessif de parler de rupture entre le gouvernement et les partis de la coalition mais le chef du gouvernement privilégie la coordination avec le Président. Le régime tunisien, transgresse son caractère parlementaire originel,  vue le charisme du Président et la pesanteur de la tradition politique tunisienne. D'ailleurs, on n'exclut pas, un amendement de la constitution, élargissant le pouvoir de la présidence, selon le souhait exprimé ou tacite de l'opinion.

Peut-on esquisser un bilan de la gestion du gouvernement ? A-t-il pris en compte les attentes du "printemps tunisien" : liberté, justice, emploi, niveau de vie. Ce qui supposait une relance économique, une meilleure gestion sociale, outre la démocratisation du régime. La révolution souhaitait bien entendu, plus d'emplois et moins de bureaucratie. Les travaux effectués sont évidents : développement de l'infrastructure, écoute des régions, amélioration de la gestion générale. Des petits pas, dans la bonne direction, malgré la pérennisation des blocages anciens et les exigences de l'orthodoxie libérale. Mais l'opinion publique tient compte essentiellement des résultats sur le terrain et de la réponse aux attentes, fussent-elles bien au-delà des possibilités, vu la crise de l'économie, la détresse du tourisme et de l'artisanat en conséquence et le blocage de l'investissement.  Diagnostic de La Palice, les classes populaires estiment que le social est plus important que la démocratie.

Peut-on parler de l'avènement en Tunisie d'une ère post-politique ? Certains évoquent, dans le cas de la coexistence, sinon de l'alliance Nahdha/Nida une "hydre à deux têtes", après l'achèvement de l'affrontement de leurs machines de guerre électorales. Or, le système consensuel risque de favoriser les extrêmes. Des changements rapides de conviction, au sein de ces deux partis inquiètent. A juste titre, un représentant de la coalition gouvernementale évoque "un consensus mou" entre les partis de l'alliance " qui nous anesthésie" (émission 7-24, hiwar tunisien, 11 avril 2016). Or, l'anesthésie laisse détruire le monde d'hier, sans  construire le monde de demain.  Fait plus grave, l'Establishment politique (parlement, gouvernement, partis)  a occulté, semble-il, la pédagogie du dialogue, récompensé par le prix international de la paix.  Un dialogue franc n'exclut pas des constats de désaccord. Le consensus, à tout prix, apparait, dans ce cas, comme un "contre-discours de la méthode".

Les partis tunisiens, tels qu'ils sont perçus, dans les médias, sont des fenêtres ouvertes sur un huis clos. Les quelques renseignements qu'ils fournissent attestent qu'ils vivent une conjoncture de mobilisation des dirigeants où les stratégies se mettent en place. Mais les clivages  transcendent les partis aussi bien, au pouvoir que dans l'opposition. Va-t-on signer, à Nida Tounes, la fin d'un feuilleton, qui s'annonce très long ? Les dissensions qui ont suivi le congrès de Sousse ont soumis ce parti  à rude épreuve. Des dirigeants tentent de reconstruire le consensus, tout en prenant acte de la scission effective. Nous ne pensons pas que le compromis souhaité par la base soit improbable. Constat  réaliste, Nida Tounes est écartelé entre ses dirigeants actuels. Chacun  est en train de structurer ses réseaux. Mais la prise en compte des vœux de la base et le rappel des prochaines élections municipales, feraient valoir les exigences de la reconstruction de l'unité. Dichotomie entre les dirigeants, le compromis semble difficile entre la grille post-destourienne et la grille post-communiste. Dans les deux cas, les principes semblent occultés par le paradigme conjoncturel de l'institution d'une relation privilégiée entre Nida et Nahdha, par l'Establishment du parti.

Au sein du parti  Nahdha, le débat entre les partisans des priorités religieuses  et ceux des priorités politiques créent une ligne de démarcation. Mais la majorité semble opter pour la reconversion de Nahdha, en parti politique, dans le cadre d'un régime civil. L'opposition de certains à l'interdiction du niqab, semble pourtant réactualiser le discours d'antan,  Devenu premier parti au Parlement, Nahdha annonce  diplomatiquement son droit à une plus grande représentation dans l'assemblée et pour quoi au gouvernement. De leur côtés, les partis al-Watani Al-Horre et Afak adoptent une attitude critique vis-à-vis du gouvernement, où ils se considèrent volontiers peu représentés. Fait de consensus des dirigeants des différents partis et de leurs bases, une recherche d'un renouveau politique.

Chaterkhalifa@topnet.tn



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