L'UMA 2009

Professeur Khalifa Chater

Née le 17 février 1989, l’UMA fête cette année le vingtième anniversaire du Sommet fondateur de Marrakech, des chefs d’Etat du Maghreb. Traduisant leur convergence, les dirigeants du Maghreb mettaient sur pied cette institution de partenariat régional, en vue d’assurer, dans le cadre de l’union qu’ils créent, «les conditions propices à la marche progressive vers la réalisation d’une intégration plus complète». L’anniversaire de l’UMA est l’occasion propice d’une évaluation globale des résultats obtenus, de certaines insuffisances de la construction, mais aussi des occasions manquées. Est-ce que l’Union du Maghreb Uni a réussi son pari ? Quels sont les progrès qu’elle a pu réaliser, dans le domaine de son intégration ? L’UMA 2009, n’a-t-elle pas intérêt à réaliser sa mue, ou du moins à esquisser un processus de conversion, pour faire face à la pesanteur géopolitique, répondre aux nouveaux défis et peut être aussi définir une politique concertée d’appréciation des effets d’entraînement de la crise économique internationale et de prise de mesure de défense de l’économie régionale ? Serait-il hasardeux de mettre à l’ordre du jour une UMA 2, par une adaptation de l’institution à la nouvelle conjoncture et une révision des mécanismes de l’action communautaire ? Une telle démarche serait dans la logique des choses puisque le texte fondateur privilégie la construction communautaire, par un processus «progressif».  Mettant en avant le besoin d’assurer une plus grande efficacité, il ne peut inquiéter les Establishments maghrébins, convaincus de la nécessité d’une approche réaliste, pragmatique et soucieuse de résultat.

Une appréciation des résultats par rapport aux attentes : L’UMA n’a, certes pas, atteint sa vitesse de croisière. Loin de là ! Mais une appréciation objective doit faire valoir les résultats obtenus et qui ne sont pas négligeables. Nous citerons en premier, la construction institutionnelle, aussi bien le secrétariat général que les structures ministérielles, représentatives et judiciaires. Toutes ses institutions ont bel et bien fonctionné, durant la période de grâce. En dépit d’un ajournement des Sommets de l’Union, conjoncturel et provisoire sans doute, - puisque l’UMA n’a été remise en cause, par aucun partenaire - le secrétariat, les réunions ministérielles spécialisées et les conseils des experts ont maintenu leurs réunions de concertation. Ils ont mis en œuvre de nombreux accords, en voie de finalisation et de ratification. D’autre part,  les Etats maghrébins se sont concertés, à tous les niveaux, lors des réunions internationales, euro-méditerranéennes, africaines et arabes. Qu’il nous suffise de citer leur concertation diplomatique, lors de la crise de Gaza et de la tenue du Sommet du Koweït. Nous devons prendre la mesure de ce rapprochement des points de vue et de cette convergence.

Partisans enthousiastes de l’union maghrébine, les opinions publiques s’empressent souvent à exprimer leur impatience, à faire état de leurs opinions subjectives, à juger insuffisantes les réalisations sur le terrain. Ainsi perçus, les résultats apparaissent bien en deçà des attentes. Les analystes perdent souvent de vue que l’UMA n’a pas pour objectif de réaliser une hâtive union d’intégration, gommant les spécificités respectives, les données socio-économiques respectives, les différences du PNB et des pouvoirs d’achat, sans occulter les horizons stratégiques de chaque entité étatique. Il a fallu dépasser l’ère des slogans et s’engager dans la réalisation progressive, transgressant d’importantes difficultés que j’appellerai conjoncturelles, étant persuadé qu’elles finiraient par se résoudre. Les diplomates avisés savent qu’on doit «laisser du temps au temps». En attendant, il faudrait prendre les mesures d’urgence qui s’imposent et faire valoir opportunément ce qui nous rapproche, rassemble et unit.

Une nécessaire rénovation : Vingt après, l’UMA doit être l’objet d’une rénovation, sinon d’un toilettage, en vue de prendre un deuxième souffle. Ce qui exigerait nécessairement de prendre en ligne de compte les acquis, d’étudier l’expérience de ces vingt ans et de tirer ses enseignements, afin d’ouvrir un nouvel horizon : L’argumentaire en faveur de la rénovation de l’UMA devrait prendre en considération ces données de base :

1- Il faudrait faire valoir la logique économique, lui restituer sa place prépondérante et essentielle. L’UMA doit favoriser les échanges économiques au sein de l’aire maghrébine et assurer la complémentarité ou du moins harmoniser les stratégies économiques des différents pays. Elle doit œuvrer pour « faire de l’UMA, un pôle économique agissant» (interview du Président Ben Ali, au Maghreb al-Mouahhad, février 2009).

2- Conséquence évidente de cette vision, les hommes d’affaire et les chefs d’entreprises sont appelés à jouer un rôle important comme acteurs de la construction d’un partenariat et d’un élargissement du champ à l’ensemble de l’aire maghrébine. La création de l’Union Maghrébines des hommes d’affaires et la construction de différents partenariats, dans les différents secteurs de l’activité économique pourrait redynamiser les échanges et la coopération économique, tous azimuts. Confortée par une plus grande participation de la société civile (organisations d’agriculteurs, union syndicale maghrébine, organisations nationales et autres), l’UMA réaliserait de progrès rapides, dans la réalisation de l’intégration maghrébine.

3- Une redéfinition des organes de l’UMA, assurant une nouvelle répartition des compétences, entre le Conseil de la Présidence, «son instance suprême», chargée de définir l’orientation générale, de fixer les priorités, d’assurer la surveillance du suivi et des conseils ministériels, des réunions d’experts, pour assurer l’exécution, la concertation et la définition des programmes sectoriels.

4 - Adopter un mode de décision différentiel, par l’unanimité pour les questions de souveraineté et à la majorité, pour les mesures d’exécution, tout en laissant aux organes exécutifs, l’application des accords. Peut être faudrait-il prévoir un processus de géométrie variable, pour les questions d’intérêt commun, pour plusieurs partenaires, tout en encourageant le développement des relations bilatérales.

Conclusion :

En dépit des appréhensions des observateurs et des inquiétudes de ses partisans, l’UMA existe bel et bien. Organisme jeune et en devenir, elle oeuvre, dans la mesure de ses moyens et l’état du consensus entre ses membres, à la définition et à la réalisation de ses objectifs. Peut-on lui reprocher un certain ralentissement de son itinéraire de développement, à la suite de difficultés de la géopolitique maghrébine, de malentendus passagers ou d’appréciations divergentes ? Certains se risquent à comparer les résultats de la construction maghrébine à l’Union Européenne et au Conseil des pays du Golfe. Dans le deux cas, il fallait répondre à de graves défis : la nécessité d’une reconstruction régionale, pour compenser la perte des empires coloniaux pour l’Union Européenne et la nécessité de répondre au défi sécuritaire, pour le Conseil du Golfe. D’autre part, la comparaison avec l’itinéraire de l’Union Européenne, présentée comme modèle par certains, est hors de propos, puisque ses prémices émergèrent après la seconde guerre mondiale et ont eu suffisamment du temps pour parvenir à ces résultats. Est-ce que le défi de la crise économique est en mesure de dynamiser l’UMA ou plutôt de lui offrir plus d’opportunité pour inciter ses membres à conjuguer leurs efforts.

Ne perdons pas de vue, d’autre part, que l’ère précédente a établi comme priorité la construction de l’édifice national et la réalisation des programmes respectifs de développement. Pendant cette ère de mondialisation, de regroupement régionaux, les enjeux de la construction de l’espace économique maghrébin deviennent prioritaires, dans les relations avec l’environnement euro-méditerranéen et l’économie -monde.  L’UMA 2, résultat d’une reconversion salutaire, devrait permettre de mettre sur pied des mécanisme de concertation, de coopération, de convergence et pour quoi pas d’intégration, hors des humeurs de la géopolitique. La réalisation d’un destin commun doit s’imposer à tous, ou plutôt être assumé par tous, en tant que choix stratégique, assurant la promotion d’un Maghreb développé, riche, ouvert sur le monde et concrétisant touts ses virtualités, ses aspirations et ses ambitions. 
 
Pr. Khalifa Chater
(Publié in AEI, n° 111,
 juin 2009, pp. 112 -116).

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