Un besoin d'espérance

Pr. Khalifa Chater

Nida Tounis détient désormais la charge présidentielle. Il dirige le nouveau gouvernement et domine le parlement. Le peuple tunisien a écarté la formule déstabilisatrice de la cohabitation. Le leader de Nida Tounis,  ayant déjà réussi le rééquilibrage politique du pays a  déjà annoncé qu'il  ne gouvernera pas seul. Rassembler, fédérer  autour d'un projet, c'est l'essence même de la politique. Point de velléité hégémonique mais une volonté de faire participer les forces politiques, dans le cadre d'un programme commun de salut public, d'ouverture et de modernité, à l'appui d'une gouvernance démocratique.. Les divergences entre les projets de société, ont suscité, lors des élections parlementaires et présidentielles,  une confrontation entre les deux grands partis et leurs alliés, que leurs leaders  savent inévitable. Mais le peuple a dit son mot et marqué ses préférences, pour les visions d'avenir de la mouvance moderniste. Une telle exaspération, une telle méfiance, une telle colère, explique la "sanction" des dirigeants de la troïka.

Les dés sont jetés. La victoire de Béji Caïd Essebsi inaugure la deuxième république. Nida Tounis détient désormais la charge présidentielle. Il dirige le nouveau gouvernement et domine le parlement. Le peuple tunisien a écarté la formule déstabilisatrice de la cohabitation. Le leader de Nida Tounis,  ayant déjà réussi le rééquilibrage politique du pays a  déjà annoncé qu'il  ne gouvernera pas seul. Rassembler, fédérer  autour d'un projet, c'est l'essence même de la politique. Point de velléité hégémonique mais une volonté de faire participer les forces politiques, dans le cadre d'un programme commun de salut public, d'ouverture et de modernité, à l'appui d'une gouvernance démocratique. Nida Tounis doit, en effet, faire valoir sa ligne politique. Il doit tenir compte des rapports de forces et les accompagner. Les divergences entre les projets de société, ont suscité, lors des élections parlementaires et présidentielles,  une confrontation entre les deux grands partis et leurs alliés, que leurs leaders  savent inévitable. Mais le peuple a dit son mot et marqué ses préférences, pour les visions d'avenir de la mouvance moderniste. Une telle exaspération, une telle méfiance, une telle colère, explique la "sanction" des dirigeants de la troïka.

Nida Tounis doit, cependant,  privilégier les réalités tangibles  aux promesses démesurées. Point d'optimisme excessif. Les lendemains qui chantent ne sont pas pour demain. Plutôt le réalisme tempéré que le volontarisme excessif. Dans les domaines socio-économiques, en effet, les effondrements sont spectaculaires et les remontées toujours lentes et timides. Vérité de La Palice, quand on est élu, ce qui compte,  c'est la mise  au programme du projet  et la rapidité avec lequel on le met en œuvre. Priorité de l'heure, créer l'environnement propice à la relance économique. Il faut éradiquer le terrorisme. La lutte est désormais l'objet d'un consensus national. S'agissant d'un problème régional, il nécessite la mobilisation de tous les acteurs du voisinage. Les rapports d'entente de Béji Caïd Essebsi avec eux et la redéfinition de la politique étrangère, en faveur d'une coopération sans exclusive, contribueront à l'assainissement de la situation. Fait important, la nouvelle équipe gouvernementale bénéficie de la confiance de l'Algérie et de l'Egypte. D'autre part, l'Union Européenne serait plus soucieuse de développer avec elle des rapports, débarrassés des suspicions  du discours islamiste. La question libyenne reste préoccupante. Mais l'actualité récente annonce un changement d'attitude du Qatar et peut être de la Turquie.  L'instauration d'un climat de paix permettra la relance du tourisme et de l'investissement. Il faudrait assurer les conditions d'un retour de la croissance et du reflux du chômage. A juste titre, Béji Caïd Essebsi a fait valoir "le panier de la ménagère" et le nécessaire traitement du pouvoir d'achat, mis à mal, par la gestion de la troïka. Les attentes des électeurs concernent évidemment l'inégal développement régional. Il faut remettre les pendules à l'heure, des régions intérieures, défavorisées et oubliées. Transgresser  la "verticale du pouvoir", quitte à désidéologiser le débat. Ce qui exige une révision territoriale des régions et une décentralisation effective, qui exige l'institution d'instances régionales élues, confortant le système municipal.  Il faudrait, bien entendu, que les députés consolident leur ancrage  local. Une perception exclusive à partir du centre est une source d'erreur, que la révolution populaire et l'habilitation citoyenne qu'elle a assurée, ont  dénoncée et remise en cause. En ce qui concerne le choix de société, la vision de la société émancipée, à la bourguibienne, est plus que jamais d'actualité.

An-Nahdha peut-elle  s'ériger en minorité de blocage ? La coopération, lors des élections parlementaires, semblent exclure cette éventualité.  Le discours de leur leader,  tel qu'il le structure actuellement, marque ses options en faveur du dialogue, de la coexistence, sinon de la coopération ou de l'alliance. Est-ce à dire que le 4 décembre, qui a été couronné par un vote commun, de Nida Tounis, an-Nahdha et l'UPT, en faveur de la présidence du parlement constitue une journée fondatrice. D'ailleurs, an-Nahdha, aurait changé de tactique et  n'aurait pas mobilisé sa machine pour le président provisoire. Le CPR, est tenté de rallumer la polémique. A-t-il les moyens avec sa poignée de députés. Le Front Populaire semble plutôt s'accommoder d'une position d'opposant. Son programme socialisant explique son vote contre le  projet de budget. Maintiendrait-il sa position de frondeur, qui risque de le rapprocher de son ennemi idéologique ?

Concession conjoncturelle,  le budget, préparé par le gouvernement Jomaa et voté précipitamment s'apparente  à un grossier exercice de bricolage. Adoptant le principe de l'orthodoxie budgétaire et effectuant une répartition traditionnelle entre les recettes fiscales et les dépenses, le budget 2015, est bien en deçà des attentes citoyennes. Il suscita, à juste titre, mercredi 10 décembre, les réserves de l'Union Syndicale (UGTT), car il ne prend pas en considération, la nécessaire augmentation des salaires, en relations avec la hausse des prix. La nouvelle équipe sera appelée, à réviser ce budget.  Mais il faut donner du temps au temps, pour assurer la prise en main des affaires, par le nouveau gouvernement. Emploi, prospérité, justice, développement, démocratie, ces éléments constituent l'argumentaire du nouveau pouvoir. Elles doivent assurer le rêve de la jeunesse tunisienne.

(l'Economiste maghrébin, n° 647
du 24 décembre 2004 au 7 janvier 2015)


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