Le décès du Président Béji Caid Essebsi devait changer la donne.  L’esprit de concorde marqua l’heure du recueillement et de l’hommage.  On prit conscience de la valeur de ce grand acteur de la transition politique tunisienne, de sa quête de consensus et du dialogue. L’enterrement de Si Béji révéla la prise en compte de son charisme et de l’attachement de tous, à quelques exceptions, à sa personne. Son bilan était évident. L’actualité devait mettre à l’ordre du jeu un répit. Un grand tournant politique marqua la fin du scepticisme et  suscita une mutation importante du paysage politique. On transgressa évidemment les enjeux du "jeudi noir" et pleura  le grand disparu. La succession présidentielle fut réalisée le jour même, par simple application de la constitution. On parla même de l’éloquence de "l’exception tunisienne".

Mais la nouvelle conjoncture devait prendre acte de l’accélération du calendrier électoral et d’une quête d’une personnalité de consensus, pour assurer la présidence, après l’intérim de Mohamed Naceur.  Les dirigeants actuels des partis politiques sont des gestionnaires de machines, sans grande assises populaires. Or, la présidence de la république nécessite une vision largement partagée et une audience au-delà des frontières des différents partis. Comment transgresser cette situation ? La politique pourrait-elle s’accommoder du processus de "la vente à la criée", qui impliquait évidemment une certaine surenchère ? Dés l’annonce des nouvelles élections, les chacals s’agitèrent, dans le cadre d’une tactique d’élimination.  On s’attaqua à la représentante du parti destourien, affirmant qu’elle "boycotterait la cérémonie de l’enterrement du président". L’actualité devait démentir ces propos. Puis, on s’attaqua au ministre de la Défense, craignant qu’il bénéficie d’un consensus, lors des prochaines élections présidentielles, s’il présentait sa candidature. D’ailleurs, une campagne de réseaux sociaux, principalement face book, conforta cette opération.  D’autres mouvements, optèrent pour la tactique de "récupération", la recherche d’un "oiseau" rare, pouvant assurer une alliance au-dessus des idéologies. Nahdha adopterait cette tactique.

La multiplicité des candidatures à la présidence préoccupa la classe politique. Une campagne en faveur de candidature du ministre de la défense Abdelkrim Zbidi   est lancée, sur les réseaux sociaux, relayée par d’importants politiciens, s’engagea en sa faveur. En dépit de la campagne de dénigrement dont il fut l’objet, il semble bénéficier d’un large consensus. Le chef du gouvernement Youssef Chahed présenterait sa candidature. Son entretien sur la chaine nationale, le 1er aout, défendant sa gestion gouvernementale, inaugura, de fait, sa campagne électorale. D’autre part, le patron de la chaine Nesma, Nabil  Karoui présenterait sa candidature, aux élections présidentielles. Les amendements qui devaient l’écarter n’ayant pas été ratifiés par la présidence de la république, il s’érige en grand acteur sur la scène, à l’appui du parti qu’il a créé Kalb Tounes. Abir Moussi, présidente du Destour a également présenté sa candidature. Pourrait-elle tirer profit de la renaissance de l’esprit bourguibien ?  Outre les présidents du Badil, d’Afak, d’al-Massar et du Machrou, de nombreux candidats sont des électrons libres, sans appartenance à des partis politiques et évidemment sans assises populaires.  

D’autre part, les élections législatives, on révélé, outre le développement du "tourisme parlementaire", la transgression des structures, par le choix de candidats "parachutés", ne representant pas leurs assisses - fussent-elles réduites et conjoncturelles ! – Ce qui provoqua des démissions pré-électorales, dans plusieurs partis. La lutte est sérieusement engagée entre Nahdha, le parti destourien, Tahya Tounes, Kalb Tounes et le nouveau venu Amal Tounes, sérieusement concurrencés par des listes indépendantes. Vu les enjeux, le contexte était favorable aux manœuvres et à la surenchère, transgressant les rééquilibrages politiques et les repositionnements tactiques.

D’ailleurs, l’absence de programmes des partis ne peuvent que confirmer la démarcation, entre les équipes politiques et leurs adhérents. Faudrait-il rappeler que les enjeux de la conjoncture post-Béji transgressait le "jeu des Egos" et faisait valoir les attentes sociales. Les partis pouvaient-ils occulter les programmes socio-économiques, pour traiter les graves défis de la précarité, du chômage, de l’endettement et de la chute du dinar ?